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Sébastien Charlier. e-terview.Octobre 2007.



 



















Voilà un nom qui revient de plus en plus dans la bouche des harmonicistes. Et ça fait déjà un moment que ça dure… Sébastien Charlier n’est ni un harmoniciste « ordinaire », ni un nouveau venu, c’est un musicien, pas uniquement un brillant instrumentiste, mais un artiste inspiré et novateur.

Je l’ai mieux découvert il y a peu, motivé par le fait que depuis des années j’entendais parler de Sébastien Charlier toujours avec des propos élogieux, soit d’harmonicistes, d’élèves, et surtout du public ayant pu assister à ses concerts…les « mots » me revenant étant « excellents », « technique », « sympa » on a l’habitude de ces mots là, mais surtout « rêve » ce qui a attiré mon attention bien entendu...



















 








Dans un premier temps pour se convaincre c’est facile. Vous écoutez un titre genre « Daphné »,album «Just Jazz» de Sébastien Charlier 1999). Une méthode simple, fermez les yeux et…dodelinez de la tête. C’est bon. Un sacré voyage… Oui, c’est bon de retrouver un artiste français qui swingue, un harmonica qui chante avec la même essence, la même veine que certains regrettés grands jazzmen de chez nous. Des phrasés Jazzy inspirés et pétris de la culture française Jazz…de l’authentique. Pas étonnant que Didier Lockwood l’ai signé dans son label « Ames » produisant ainsi l’album de Sébastien Charlier « Diatonic Revelation » en 2005.










Ça fait vraiment du bien. Le grand public, l’amoureux de l’harmonica autant que le spécialiste du Jazz tout le monde adore, je l’ai testé sur tous ces gens là…ça marche.

J’ai alors arrêté de dodeliner, même si je confesse avoir continuer à taper du pied et j’ai fouillé un peu le style. Ce n’est pas tant la technique qui est ressortie mais plutôt la personnalité des phrasés, leur inspiration, leur finesse et surtout vraiment leur signature. Vous savez ce petit quelque chose inimitable, dans la manière de « faire sonner » qui font que l’on veut savoir « qui c’est », que l’on demande discrètement le nom, qu’on le retient, en disant par la suite l’air malin : ben oui ça c’est « Charlier ».

























En creusant un peu plus, j’ai été touché aussi par une saveur commune au Blues présente dans les fins de phrases musicales et qui opère comme une signature, presque une trace ADN. Il s’agit d’un style et c’est bien cela le plus intéressant. Sébastien Charlier : un style !

Tous les commentaires et analyses ne vaudront jamais une écoute, alors je vous propose plutôt la présentation de l’Homme et de l’Artiste en vous conseillant plus que vivement d’en écouter d’urgence.

Trajectoire:




























Titulaire d’un DEA de philosophie, Sébastien Charlier, s’est finalement dédié à l’harmonica. On peut noter qu’il fut une quinzaine d’années professeur d’Harmonie moderne, de Banjo et bien sur d’harmonica mais aussi démonstrateur Yamaha pour la France (contrôleur à vent midi WX 5 : l’électro sax).

Discographie et autre :

1995 :ALBUM « Impasse des Mousserons »
- esprit électrique/patchwork Jazz avec le guitariste Nicolas Espinasse

1997 :VIDEO « Harmo Jazz »
K7 pédagogique : initiation à l’harmonica Jazz et à l’improvisation

1998 ALBUM « Just Jazz »
9 standards de Jazz revisités en acoustique avec Nicolas Espinasse (guitare)

2004 : GRAND REX sous la direction de JOHN SCOTT
au pupitre en compagnie de 70 musiciens à l’occasion des« Jules Verne Award ». Un album live est tiré de cet enregistrement.





























Temps forts:

2005 ALBUM « Diatonic Revelation ».
produit par Didier Lockwood pour son label AMES.

Nota sur cet album : compositions de Sébastien Charlier , de Benoit Sourisse et Sébastien Charlier, un titre de Marc Michel Le Bevillon

2005 :OLYMPIA pour les 50 ans de Didier Lockwood
invité aux côtés de Didier et Francis Lockwood, Christian Vander, Alain Caron, Niels Lan doky, Bireli Lagrene, Laurence Allison …


 

























Plus récemment :

-Intégration de l’agence de concert Musique & Mouvement

-Nombreux concerts en Club (Sunset/Sunside, Kiron Espace, Club 8 ½, l’Archipel…) et en Festival (Chartres, Blois, St Ouen…)

-en studio pour des artistes de Jazz/Variété (Francis Lockwood, le groupe vocal 6 ½, Karim Kacel…), également pour l’illustration et les téléfilms.

-Rencontres et collaborations musicales : Francis Lockwood, Keith B Brown, Marcel Azzola, Eric Henry Greard, Dominique Preschez, Patrick Manouguian, Take 3…

-Partenariat avec la maison HOHNER France

Actualité :

























Projet « live » en cours d’élaboration avec ces musiciens :de gauche à droite de Niels lan doky (piano), Laurence Allison (chant), Sébastien Charlier, et Francis Lockwood (piano).

- Préparation d’un nouvel album orienté Jazz-Rock/Fusion

- saison de concerts de Keith « B » Brown.

- méthode « je débute l’harmonica » chez Hit Diffusion prévue pour Novembre

- un publication« Music en poche »chez le même éditeur prévue pour Noël .



E-terview :



E-terview de Sébastien Charlier : Octobre 2007.


Alain Messier : Merci Sébastien de nous accorder un peu de ton temps. Ici c’est un site Blues, alors peux tu nous dire ce que représente le Blues pour toi et la part qu’il tien dans ton jeu d’harmonica, dans ta musique, dans ta vie.

Sébastien Charlier

Je ne suis pas spécialiste mais il me semble que le Blues est un style qui a fondamentalement influencé la musique populaire américaine (j’ai bon là ?) ;-) Il me parait difficile d’ignorer sa portée sociologique et je n’associe jamais le Blues à 3 accords et 5 ou 6 notes à jouer. Pour moi c’est bien plus que cela, c’est véritablement un style qui demande l’expression d’une identité, d’une authenticité qui émergeraient d’une immédiateté empirique et d’un vécu disons… marquants. Je ne pense pas pour autant qu’il faille absolument être né à Memphis pour avoir des chances de le jouer avec talent (j’imagine que ça doit pouvoir aider), mais sûr qu’il s’agit d’avoir des histoires à raconter en plus de savoir les raconter. On a tous nos démons, on doit pouvoir s’en servir pour jouer dans l’esprit, humblement et respectueusement.
On retrouve des traces de ce style un peu partout et naturellement dans le Jazz, même s’il est parfois compliqué de soutenir une filiation directe, le Jazz se conjuguant dorénavant au pluriel sans forcément s’y rapporter clairement… Evidemment la complexité tend le Jazz à sortir du cadre populaire mais je crois que c’est plus une question d’intention et de positionnement face à la musique et aux auditeurs : il faut « jouer vrai » ! C’est ce que me rappelle le Blues et même si j’avoue que ce n’est pas forcément ce que j’écoute le plus, il agit sur moi comme un gardien plutôt bienveillant : la musique est certes l’art d’agencer les sons mais elle se doit de raconter des histoires. Je m’y efforce…


AL : Excuses un peu cette question bateau, on s’échauffe juste.… je voudrai bien savoir ce que tu penses de Sonny Boy et Little Walter. Leur rôle leur art ce qui te sembles marquant…bref ce qu’ils représentent pour toi, comment tu les vois ? Eux aussi étaient innovateurs dans leur temps…

Sébastien Charlier

J’apprécie beaucoup le placement rythmique de Sonny Boy Williamson II, c’est implacable et ça correspond exactement à ce qui me parait être typiquement et authentiquement Blues. C’est marrant, on en parlait justement avec Keith Samedi dernier… le « Time » de Rice Miller est un modèle du genre. Quant à Little Walter il a un son et une façon de jouer qui ont tellement inspiré les harmonicistes… c’est une révolution à lui tout seul. J’ai découvert très tard ces pionniers et pères de l’instrument car je ne suis pas arrivé à l’harmonica par le Blues, mais dès que je les ai entendus j’ai compris que j’avais affaire à des montagnes.

AL : On parle d’harmo un peu parce que sinon je vais avoir des plaintes… Tu utilises quel type d’harmo, tu les limes, tu les mords, tu les passe au micro onde, tu les prépares ? Et sur scène tu utilises quoi?

Sébastien Charlier

Je joue sur un Masterklass Hohner en C lorsque je joue Jazz, Fusion et tout ce qui demande de la précision dans le jeu. Je me suis payé un sommier cristal il n’y a pas longtemps et j’apprécie cette limpidité du son restitué quelque soit l’octave. Mais de toute façon je démonte systématiquement les harmonicas. Il y a toujours du boulot : réaccorder les lamelles, régler l’étanchéité, l’angle d’inclinaison des lamelles par rapport au plan que représente la plaque, poser du vernis lorsque c’est nécessaire, tout cela n’étant pas fait d’usine, je suis bien obligé de m’y coller… Il y a certes moins de boulot sur un « Masterklass » mais tout de même. C’est juste une question de confort, j’ai envie de jouer sur un instrument qui soit capable de réagir vite à mes sollicitations (bonnes ou mauvaises ;-)
En revanche pour ce qui est du Blues ou de la Country je préfère utiliser un sommier bois et jouer sur un instrument plus « roots », histoire que la mise en action soit en rapport avec l’effet recherché. De toute façon c’est l’harmoniciste qui fait le son à 90%...
Il m’arrive de changer de tonalité d’harmonica afin de profiter de sons plus graves ou plus aigus ou afin de rentrer dans un système de jeu positionnel (si cher aux Bluesmen) si on me le demande ou si la situation semble l’exiger. Ce qui compte pour moi c’est que ça sonne, il n’y aucun problème à changer d’harmonica, tant que ça me permet de jouer ce que j’entends ça me va. Mais il est vrai que je change relativement rarement.

AL : Tes choix et goûts musicaux… tu as fais du Blues, un album de reprises de Jazz, un CD de compos label « AMES » chez Monsieur Lockwood, et là tu prépares une nouvelle galette Jazz Rock/Fusion, en signant à côté une tournée avec un grand Bluesman « Keith « B » Brown.. Peux-tu nous éclairer sur ta démarche par rapport à cela. La musique n’a pas de frontière…tes goûts tes influences.

Sébastien Charlier

Comme je te disais précédemment Alain, je ne suis pas venu à l’harmonica par le Blues. J’ai toujours écouté du Jazz, surtout du Jazz/Rock pour être honnête puisque c’est le style qui avait le vent en poupe lorsque j’étais ado…(Alan Holdsworth, Wheather Report, Uzeb, Mc Laughlin, Sixun, Zappa, Lockwood, etc…) Je me disais qu’il y avait certainement beaucoup à faire pour intégrer un harmonica (diatonique qui plus est) dans ces styles et qu’il pourrait avoir sa place. Malheureusement les rares tentatives de mes confrères ne m’emballaient guère, les miennes non plus d’ailleurs J… Je me suis vite rendu compte que le niveau d’exigence technique et rythmique demandait beaucoup plus de travail que je ne le pensais. Parallèlement je me suis dit qu’il serait dommage de rater l’étape be-bop et hard-bop. S’il devait y avoir un héritage dans la fusion, il devait venir de là… alors je me suis enfermé et ai bossé dur Parker, Coltrane et tous les maîtres qui respirent le style…
J’ai rencontré Didier Lockwood par l’intermédiaire de Yamaha Musique France pour qui je faisais les démonstrations de leur « contrôleur à vent » WX5 (le concurrent de l’EWI) fin 90 et début 2000. Didier était intéressé par une démo de ce nouvel outil mais n’avait pas le temps de venir à Marne la Vallée. Yamaha m’a donc envoyé faire la démo directement chez lui. Je me rappellerai toujours de sa venue à la gare de Fontainebleau et de l’une de ses premières questions : « tu as l’oreille absolue ? ». Je l’ai regardé très sérieusement et lui ai répondu : « la gauche est absolue, la droite est en bois », 3 secondes de silence et on est parti naturellement dans un éclat de rire, le ton de la journée était donné ;-) Il était assez surpris que je puisse gagner ma vie en jouant de cet instrument hybride, lui-même ne l’utilisait qu’une fois de temps en temps sur scène, voire sur une plage de CD. Je lui répondis qu’en réalité je jouais surtout de l’harmonica. « Comme Toots ? » me demanda-t-il. « Heu non mon instrument est un diatonique… ». « Ha oui Blues alors ? », « Non non Jazz : Giant Steps, Spain, Ornithology, Countdown… », « Pas possible ? tu as un truc à me faire écouter ? », « Oui, j’ai une K7 DAT sur moi… ». On a fait rapido la démo Yamaha et Didier a pris le temps d’écouter les quelques titres de « Just Jazz » que je n’avais pas encore fini d’enregistrer avec Nicolas Espinasse aux guitares. Très enthousiasmé il m’invita à contacter Benoît Sourisse, pour penser à un album de compositions cette fois, et à venir l’enregistrer chez lui dans son propre studio. Je ne savais pas encore qu’il allait produire le disque et qu’il sortirait sur son propre label (qui n’existait pas à l’époque) mais je sentais qu’il était extrêmement bienveillant à mon égard et qu’il appréciait les musiciens qui bossent comme des tarés leur instrument afin d’en tirer quelques pépites, lui-même ayant bossé dur sur un instrument jugé également peu enclin au Jazz.
Lorsque Keith B Brown m’a laissé un message sur mon répondeur, j’ai cru que c’était Francis Lockwood qui me faisait une farce, il aime bien changer sa voix lorsqu’il me passe un coup de fil et est capable de se faire passer pour un agent me proposant 10 dates en Moldavie ;-) En plus je savais que Keith jouait déjà avec des potes harmonicistes très talentueux comme Cadijo ou Greg Zlap. Je connaissais un peu sa musique et le fait qu’il était le héro du film « The soul of a Man » aux côtés de Cassandra Wilson, Lou Reed… Je me suis demandé pourquoi il faisait appel à moi (les extraits sur myspace, sur youtube, mon site etc… étant carrément orienté Jazz). Il me fit comprendre assez vite qu’il cherchait une nouvelle équipe, un nouveau son, etc… et qu’il aimerait bien qu’on fasse un essai avec Sylvain Marc (qui lui avait passé mon numéro). C’est un artiste incroyable avec une voix et une identité telle qu’elles donnent vraiment envie de s’investir dans l’histoire ! Il est très méticuleux et ne laisse rien au hasard, très pro il est exigeant et ça me plait beaucoup. Il dirige les séances d’une main de maître mais est très respectueux de ce que je peux y apporter. Si c’est dans l’esprit et si cela correspond à son esthétique et au caractère folk/pop de ses chansons, c’est bon. Tout se passe bien pour l’instant et il m’a proposé une série de dates qui nous emmène sur l’année prochaine, wait and see…

AL : Tu joues du diatonique, c’est intéressant de voir l’utilisation que tu fais de l’outil. La spécificité du diatonique, ne serait ce qu’en terme d’accordage, ne le conduit pas par définition (et par cliché aussi) à l’utilisation que tu en fais (Jazz, Jazz Rock, fusion). J’aimerai que tu nous parles de ton concept sur l’utilisation de l’harmo diat et de tes choix artistiques.

Sébastien Charlier

Je lime le 5 aspiré de tous mes harmonicas ou presque afin de le surélever d’un 1/ 2 ton, j’appelle ça l’accordage Lydien car c’est le mode naturel que l’on obtient alors entre 4 et 7 (Hohner appelle ça le « country tuned »). Sans rentrer dans les détails, c’est pour moi l’accordage idéal pour le jeu dans toutes les tonalités sur un seul harmonica.
Pour les choix artistiques c’est tout bête, je joue ce qui me plait, ça peut être de la fusion, du be bop, du blues, de la country, du classique… La cohérence artistique pour moi ne dépend pas d’une étiquette à laquelle on essaie de coller et ce n’est certainement pas parce que l’on répète inlassablement les mêmes choses que l’on devient cohérent artistiquement. Je vais là où le vent me mène même si j’ai une petite idée sur la direction ;-) Je ne joue pas Jazz parce que j’ai jusqu’à là joué Jazz et qu’il n’y a pas grand monde qui le fasse décemment sur un diato, je joue Jazz parce que ça me plait, idem lorsque je joue en concert avec Keith du « Country-Blues », ça me fait vibrer point barre ;-)
J’essaie juste de voir la musique dans sa globalité et d’appliquer cela à l’instrument. Je joue ce que j’entends. Pour caricaturer, si j’ai besoin d’une note je la joue, si je ne peux pas la jouer, je travaille pour pouvoir la placer le jour ;-) Pour moi, le diatonique est devenu complètement chromatique, j’ai bossé pour ça et pour pouvoir jouer n’importe quel trait qui me viendrait à l’esprit sans avoir à réfléchir longtemps pour y parvenir. Je travaille d’ailleurs bien plus pour entendre de nouvelles choses que pour pouvoir les jouer. De toute façon je n’ai pas le choix, si je veux pouvoir jouer avec les Jazzmen qui me font confiance je dois pouvoir rythmiquement, harmoniquement, mélodiquement et techniquement communiquer avec eux comme le ferait n’importe quel musicien, chacun ayant des limites et des qualités propres indépendamment de l’instrument.



AL : Faut bien le dire, tu cherches à innover, tu le revendiques et c’est tout a ton honneur de proposer quelques chose de différent au public, c’est même le rôle de l’Artiste.. Dans ce que tu proposes de façon « innovante », quels sont les points essentiels qui composent ton style personnel. Une vision de la musique, une idée de la précision, une idée de l’utilité de la précision dans le jeu. Peux tu nous en dire plus ?

Sébastien Charlier

Comme je le disais, pour moi c’est une affaire de globalité. Ce n’est pas je tienne à dépasser le cadre des sempiternelles façons de jouer façon « old school », d’un jeu positionnel très pratique dans certains cas de figure et qui peut encore me faire vibrer. C’est juste qu’à partir du moment où je me contente de jouer ce que j’entends, les positions volent en éclat d’un coup ! Même si je dois jouer Blues sur un passage et même si en analysant quelqu’un me dit : « mais tu as joué ce passage en 3ème position… » je n’en ai pas forcément conscience, je joue ce qui me vient, rien que ça, sans jamais être contraint par des reflexes pavloviens. Les réflexes sont pourtant présents partout, ça peut naturellement m’arriver de jouer un riff ou un phrasé que je sais déjà avoir joué et expérimenté, mais mes improvisations ne sont pas une succession de plans intégrés de longue date et préméditée, je refais le parcours de 0 si c’est à mon tour de jouer, même en Blues où l’on sait que certaines choses fonctionnent mieux que d’autres, même sur une séance de variété où il convient de rapidement aller à l’essentiel.
Je pense avoir développé une façon de jouer basée sur la précision et les articulations du bout de la langue, je veux dire par là qu’on entend toutes les notes clairement et distinctement avec un effort particulier sur le « Time » qui me parait fondamental. Ca peut paraitre extrémiste sur un instrument comme le diatonique mais c’est ça qui me plait alors… Et puis j’ai travaillé une technique qui me permet de jouer toutes les notes avec très peu de déplacements de langue différents. J’ai tout repris à 0 en 98 alors que je jouais déjà depuis 13ans environ afin que tout soit plus fluide et coulé, plus naturel, il me manquait un déclic technique, j’ai cherché, je pense avoir trouvé mais bon… on progresse chaque jour.
Pour les overnotes et multi-overnotes, je les ai trouvés par hasard tout seul fin des années 80 en ce qui me concerne, je ne connaissais pas Howard Levy qui a historiquement marqué le coup par une utilisation radicale et effective de cette technique au début des années 80 si je ne m’abuse. Certains élèves me rapportent souvent qu’ils ont trouvé une nouvelle note (il suffit que la lamelle soit trop relevée, que l’harmonica soit plus étanche…). En fait ils redécouvrent tout seul l’overblowin’ que nombreux Bluesmen avaient dû découvrir au début du XXème siècle. Mais personne n’a jamais enfoncé le clou comme H.Levy. Je regrette de ne pas avoir connu Howard plus tôt, j’aurais certainement gagné du temps au lieu de « réinventer la roue du carrosse » dans mon coin et pour moi. Mais en même temps le jeu d’Howard, si exceptionnel soit-il, ne me semble pas avoir de grand rapport avec ce que j’essaie de développer. Et c’est très bien comme cela. Si toutes les personnes maîtrisant le chromatisme sur un diatonique devaient jouer pareil ce serait bien triste… De toute façon ce n’est pas à moi d’en juger, je me contente de travailler pour jouer juste, précisément et « dans le time ».


AL : Situation « ironique » d’un artiste qui veut libérer l’harmonica diatonique de ses chaînes et qui lui offre un terrain de liberté nouveau dans le Jazz et autre. Comment se passent tes collaborations avec les musiciens Jazz, Jazz Rock, quel acceuil quel intérêt quel emplois voient ils de notre harmonica chéri.

Sébastien Charlier

Je ne peux parler que pour moi. Tout ce que je sais c’est qu’il faut « montrer patte blanche » ;-) Autrement dit tant que vous n’avez pas joué en face le bousin de manière convaincante, c’est très compliqué. C’est un peu plus facile maintenant grâce au parrainage de Didier Lockwood, à l’album Diatonic Revelation, et aux artistes qui me font confiance sur leur disques et/ou sur scène, les quelques festivals auxquels j’ai eu la chance de participer m’ont permis de rencontrer des musiciens qui ne pensaient certainement pas que l’on pouvait jouer Jazz sur cet instrument. Certains estiment que la couleur est très intéressante et très originale, d’autres préfèrent la couleur du chromatique, d’autres encore vous proposent de venir les rejoindre sur scène et/ou sur leur prochain disque, d’autres vous ignorent (mais ceux là sont toujours les plus nombrilistes et les plus rigolos…). C’est très fluctuant et c’est très humain. Encore une fois, tout ceci m’importe peu et je m’investis sur des projets perso qui ne s’encombrent pas de ce que les confrères vont penser, si le niveau d’exigence est là, ça me va. Etant donné que je suis très sévère avec moi-même, je n’ai pas besoin d’attendre l’autorisation de jouer Fusion auprès de musiciens ou de critiques qui se prennent de temps en temps pour les gardiens du temple…
Pour ce qui est de la libération de l’instrument, ça ne me titille plus trop en fait, j’anime bel et bien un site et un forum qui propose de vulgariser le jeu polytonal sur un diatonique mais c’est surtout parce que les membres sont très sympathiques, ouverts et sont conscients des possibles même si c’est très long et que cela représente un travail colossal. Si demain tous les harmonicistes décident de continuer à jouer « à l’ancienne » (ça n’a pas l’air d’être le cas mais bon) ça me va très bien, l’essentiel est que je puisse continuer de jouer à ma façon c’est-à-dire en fonction de ce que j’entends, et que mon boulot ne soit pas a priori moins respecté que le leur J. Si certains se rendent compte d’un +, voire d’une avancée, je suis naturellement ravi, c’est toujours réconfortant, mais ce n’est mon moteur.

AL. J’ai rencontré pleins de gens et d’harmonicistes qui t’ont vu en concert, ils m’ont quasiment tous raconté un peu de vos discussions après le concert. C’est une habitude de taper la causette avec les gens ? Habituellement quand on atteint un « certaine » notoriété on signe des autographes…on fait le fier au buffet…Plus sérieusement je parle de ton coté humain et de l’échange avec le « public ».

Sébastien Charlier

Bah, faire le fier… ça n’a pas grand sens. Ce n’est pas mon truc, la vérité n’a pas besoin d’être prouvée comme le rappelle souvent mon ami Nicolas Espinasse. Non pas que je détienne un quelconque Graal, c’est juste que bon, je viens de jouer, j’ai tout fait pour convaincre et donner, je n’ai pas l’impression de devoir me montrer inaccessible pour conforter ou rattraper l’image que les auditeurs peuvent avoir de moi lors de ce concert. Et puis il faut avouer que ce n’est pas très original de faire le kéké au buffet ;-). Si on vient me parler je discute volontiers (c’est moins facile avant le concert car on a besoin de se ressourcer et de se concentrer), j’essaie de répondre aux questions s’il y en a, je ne passe pas mon portable aux jolies filles, je suis marié ;-)
Sur scène il y a quelques passages où je peux me retrouver seul avec le public, j’essaie alors de créer une connivence, dans le jeu, dans la présence etc… je tiens à ce que les personnes qui m’ont fait l’honneur de payer pour venir m’écouter ne regrettent pas leur soirée, c’est la moindre des choses. La musique de musiciens est souvent hermétique, j’essaie de ne pas tomber dans ce travers.

AL : Et avec les autres musiciens quels échanges recherches tu ?

Sébastien Charlier

...l’écoute, le respect des singularités, le « jouage » car j’aime bien quand « ça envoie », la confiance, le « flow » c’est-à-dire ce moment où tout semble s’imbriquer logiquement sans que l’on n’ait à se regarder, ce moment où tout fonctionne selon le meilleur angle possible. Tout le monde recherche ça je suppose…


AL. Tu as des préférences dans tes activités artistiques ? Préfères tu la scènes, le studio, la création enfermé avec d’autres musiciens ? Bien que tout cela ne soit pas tellement comparable je cherche à savoir ce qui te régénère ce qui te passionnes artistiquement..

Sébastien Charlier

...Ce qui me régénère ? les chats, 15 jours en Bretagne avec ma femme ;-) J’adore la scène car c’est un moment de vérité mais le studio permet de façonner les idées, de créer en prenant son temps, sans autre pression que ses propres exigences (enfin, c’est plus simple depuis que l’on possède notre propre Home-Studio avec Nicolas). Je n’hésite pas à refaire 300 prises s’il le faut, chaque solo doit être une petite œuvre d’art, c’est ambitieux mais ça me motive. Sur scène, l’énergie et l’immédiateté peut compenser certaines imprécisions et apporter une nouvelle interprétation d’un titre, c’est certain. Jusqu’à présent j’ai d’ailleurs toujours envoyé plus de choses sur scène qu’en studio, j’aimerais que ça se rééquilibre un peu sur le prochain album, d’où le temps que je prends pour finaliser l’ensemble…


AL : Tu sorts une méthode d’harmonica pour les débutants et une publication musique en poche. Les deux sortent pour cette fin d’année chez Hit diffusion, mais tu peux nous dire un peu ce que contiennent ces deux ouvrages ?

Sébastien Charlier

Tu sais c’est tout bête, je donne des cours depuis plus de 15 ans maintenant et je ne peux jamais bosser avec une seule méthode, même si certaines ont de réelles qualités, il y a toujours un moment où ça coince et où il manque le truc qui fait que les élèves passionnés peuvent avancer et comprendre. Je me suis dit naïvement qu’avec cette « petite » expérience pédagogique, j’allais peut-être parvenir à monter un recueil qui répondent aux maintes questions du débutant, selon un axe clair et sans jamais limiter le champ d’investigation personnel. Avec Hit Diffusion j’ai pu intégrer un répertoire de morceaux connus qui devraient satisfaire le plus grand nombre, espérons le (de Sting à Clapton en passant par du folk, du swing manouche etc…) et qui sont jouables même pour un débutant. Toute la méthode consiste à donner progressivement les clés techniques et surtout rythmiques pour pouvoir y parvenir.

AL : Dans les semaines et mois à venir, on te vois ou ? Tu fais quoi ? Actu, agenda, rendez-vous…tournée, enregistrements… Tu fais le point qu’on sache ou te voir et comment t’écouter.

Sébastien Charlier

Et bien j’interviens en milieu jusqu’en Novembre pour le Festival Blues sur Seine, on initie les enfants à la pratique instrumentale de l’harmonica sur 6 séances avec Nicolas Espinasse à la guitare, puis ils jouent en première partie d’artistes confirmés sur scène : c’est toujours un réel plaisir que de voir la flamme dans leurs yeux. J’ai découvert ces ateliers il y a quelques années (c’est déjà la 9ème edition) grâce à mon pote Greg Zlap qui n’a pas pu se libérer cette année. Jean-Jacques Milteau joue d’ailleurs sur cette session 2007 (c’est toujours plus facile pour moi de faire la pub des copains plutôt que la mienne ;-) Parallèlement je pars avec Keith B Brown sur quelques dates à l’étranger et sur toutes les dates en France qu’il me propose. Je finalise mes parties d’harmonica pour mon prochain CD réalisé par Nicolas Espinasse qui doit voir le jour en 2008 (second trimestre je pense). Je joue également en duo avec le pianiste Eric-Henry Greard qui propose un répertoire original oscillant entre les Pink Floyd et Tchaïkovski… Eric est vraiment un phénomène… Un trio avec Francis Lockwood et le guitariste Olivier Mugot est prévu en Décembre dans l’Yonne, il y a un projet malheureusement difficile à mettre en place en Scandinavie avec Niels Lan Doky et Laurence Allison mais je ne perds pas espoir, sinon de la musique contemporaine à l’orchestre National de Lyon en Mars…enfin il y a de quoi faire et puis j’essaie toujours de donner mes cours chez Major Pigalle (3 rue Duperré metro Pigalle, Paris) 1 à 2 fois par semaine. Les journées sont bien remplies.

Tout est indiqué sur le site

et sur www.myspace.com/sebcharlier

Merci beaucoup Alain de t’être intéressé à mon parcours, à ce que je joue et de me donner l’occasion de le faire partager aux internautes.

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